Scènes de la vie d’un propre à rien de Joseph Von Eichendorff

C’est un article paru dans le magazine littéraire Lire qui m’a donné envie de lire cet ouvrage dont je n’avais jamais entendu parler.
L’équivalent de Schubert en littérature : aussi simple d’apparence, et non moins déchirant pour finir… Où l’on est convié à suivre, d’une déconvenue à l’autre, parfois d’un fragile bonheur à l’autre, les pérégrinations hasardeuses d’un jeune homme sans qualités (un propre à rien) dont l’unique talent consiste à rêvasser au long des chemins du vaste monde, livré aux bizarres caprices de sa fantaisie… La fantaisie du Voyageur… Aucun texte, c’est sûr, ne donne de la belle formule rêvée par Schubert un plus juste écho. Bien que figurant parmi les plus beaux romans de la littérature allemande du XIXè siècle, les Scènes de la vie d’un propre à rien d’Eichendorff occupent chez nous une place inexplicablement négligée. On prend pourtant à lire ces pages baignées de discrète nostalgie le même plaisir qu’à écouter telle mélodie du Voyage d’hiver.
Ce classique de la littérature allemande m’a fait penser à Jacques le fataliste et son maître de Diderot. Cela est dû je pense à la narration et au style roman initiatique reposant sur le voyage avec beaucoup d’allégresse. L’aspect philosophie n’est pas présent mais le romantisme lui est tout-puissant. Un court récit mêlant voyage et amour qu’il est sympathique de découvrir.
« Or, juste à ce moment-là, un rayon de soleil matinal entra par la fenêtre qui lui faisait face, glissa sur les cordes et les fit flamboyer ; mon coeur en écho se mit à vibrer.
-Oui, m’écriais-je, viens, fidèle instrument ! Notre royaume n’est pas de ce monde !
Je décrochai donc le violon, plantai là registre, robe de chambre, pantoufles, pipe et parasol, quittai ma maisonnette aussi pauvre que j’y étais entré, et me retrouvai sur la route lumineuse.
je jetai maints regards en arrière ; j’avais un étrange état d’âme, où la tristesse le disputait à une folle gaîté ; j’étais comme l’oiseau échappé à sa cage. »

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