Petit Pays de Gaël Faye

Comme tout le monde, j’avais beaucoup entendu parler de ce livre lors de sa sortie avec son grand succès. De plus, il a gagné le prix Goncourt des lycéens, prix auquel, comme vous le savez, j’accorde beaucoup d’intérêt.

Ultime décennie du siècle dernier, Gabriel est un petit enfant métisse, d’une mère Rwandaise et d’un père français, qui vit au Burundi.

D’une vie et d’un quotidien privilégié et innocent, le petit Gaby de dix ans va être confronté aux coups d’Etat, à la guerre civile et à tous les bouleversements notamment sociétaux de la grande Histoire de ce pays d’Afrique.

Les choix structuraux du roman fait par l’auteur, annonce la force des lignes qui composent ce roman.

Commencer son ouvrage par “je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.” pour finir par “je me souviens comment tout a commencé”, tout est maîtrisé d’un bout à l’autre. On le laisse nous amener précisément là où il le veut, on lui fait confiance aveuglément. On sait également que malgré la narration de Gabriel alors enfant, c’est l’adulte qui nous guide. Nous avons alors, la perception, la pleine connaissance, la rationalité nécessaire et cruelle aussi car on sait et on voit venir, mais cette douce et salvatrice naïveté, fausse protection d’une innocence déjà perdue nous préserve et nous rend le voyage un peu moins dur.

Des larmes n’ont tout de même pas pu s’empêcher de s’écouler et une petite trace indélébile et tenace restera longtemps. C’est une de ces romans qui remue et qui bouleverse, mais qui bouleverse aussi par des réalités dont on n’avait pas conscience. En tous cas, dont je n’avais pas conscience… Peut-être même que je ne voulais pas les voir ou qu’elles ne m’intéressaient pas mais qui m’ont emportée sans trop me laisser le choix. Je m’en veux maintenant, de temps d’inapprofondissement de certains sujets, bien trop lointain, pour tous ces petits pays dont je ne porte peut-être pas suffisamment d’attention, pour tous ces Gabriels que l’on pourrait aider. Tout cela n’est qu’absurdité et une peu d’humanité, un peu de vision enfantine, permettent d’ouvrir les yeux et surtout de les porter au loin. Merci Gael Faye.

“J’ai beau chercher, je ne me souviens pas du moment où l’on s’est mis à penser différemment. A considérer que, dorénavant, il y aurait nous d’un côté et, de l’autre, des ennemis, comme Francis. J’ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l’instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peu que nous avions et de cesser d’avoir confiance, de voir l’autre comme un danger, de créer cette frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.

Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.”

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