Lettre au père, Franz Kafka

Les préludes de la lecture : Ouvrage trouvé dans mon ancienne librairie il y a 7 ans et relu cette semaine après avoir lu Le procès et avant d’attaquer La Métamorphose.

Résumé : Franz Kafka écrit cette lettre à destination de son père, bien que celui-ci ne la lise jamais. Il tente d’identifier l’origine de leur relation conflictuelle avec comme objectif de départ de prendre la responsabilité de cet échec. L’émotion et le reproche revenant au fil des mots semblent anéantir les bonnes intentions originelles. Si un enfant est incapable d’exprimer un amour filial, il est bien probable que cette filiation en soit la cause… Quand entre autres, « Tes moyens les plus efficaces d’éducation, ceux du moins qui ne manquaient jamais leur effet sur moi, étaient les injures, les menaces, l’ironie, un rire méchant et chose remarquable, tes lamentations sur toi-même ». Alors cela se traduit par « Je me mis à fuir tout ce qui, même de loin, pouvait me faire penser à toi » « défiance de moi-même et en peur perpétuelle des autres ».

Le mot de la fin : Ce qui me bouleverse chez Kafka c’est sa capacité à retranscrire une douleur. Douleur partagée, bien qu’avec des expériences parentales différentes, mais ayant les mêmes aboutissements. En lisant cette souffrance difficilement exprimable, Franz permet de l’atténuer en la rendant un peu plus supportable. Il fait un peu de bien.

Extrait : Je ne peux pas en choisir qu’un !

« Tu attendais au moins un peu de prévenance, un signe de sympathie ; au lieu de quoi, je t’ai fui depuis toujours pour chercher refuge dans ma chambre, auprès de mes livres, auprès d’amis fou ou d’idées extravagantes ; je ne t’ai jamais parlé à cœur ouvert, je ne suis jamais allé te trouver (…) d’une manière générale je n’ai jamais eu l’esprit famille »

« Absolument innocent, je le suis (…). Si je pouvais t’amener à le reconnaître, il nous serait possible d’avoir, je ne dis pas une nouvelle vie, nous sommes tous deux beaucoup trop vieux pour cela, mais une espèce de paix, – d’arriver non pas à une suspension, mais à un adoucissement de tes éternels reproches. »

« Je n’ai jamais pu comprendre que tu fusses aussi totalement insensible à la souffrance et) la honte que tu pouvais m’infliger par tes propos et tes jugements. Moi aussi, je t’ai sûrement blessé plus d’une fois en paroles, mais je savais toujours que je te blessais, cela me faisait mal, je ne pouvais pas me maîtriser assez pour retenir le mot, j’étais encore en train de le prononcer et je le regrettais déjà. Tandis que toi, tu attaquais sans te soucier de rien, personne ne te faisait pitié, ni sur le moment, ni après, on était absolument sans défense devant toi. »

« Se marier, fonder une famille, accepter tous les enfants qui naissent, les faire vivre dans ce monde incertain et même, si possible, les guider un peu, c’est là j’en suis persuadé, l’extrême degré de ce qu’un homme peut atteindre. Que tant de gens y parviennent si facilement en apparence n’est pas une preuve du contraire »

« Il n’est vraiment pas nécessaire de prendre son vol pour arriver au beau milieu du soleil, mais il importe de ramper sur terre jusqu’à ce que l’on y trouve une petite place propre où le soleil luit parfois et où il est possible de se réchauffer un peu. »

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