Les vestiges du jour de Kazuo Ishiguro

Notre professeur de littérature anglaise m’en avait parlé il y a de nombreuses années et il était allé directement dans ma wish list. Je l’ai ressorti après avoir lu « Auprès de moi toujours » et après qu’une amie m’ait mis aux défis de lire un livre de mon année de naissance.

Majordome méticuleux, Mr Stevens parcourt la campagne anglaise en automobile. Le ton sur lequel il nous livre ses souvenirs et ses réflexions sur la dignité de sa fonction est, à l’image de son attitude vis-à-vis des événements, parfaitement retenu. Au gré des sous-entendus d’une langue délicieusement fluide et subtile, Ishiguro dresse, au-delà du portrait de toute une classe en déclin, le bilan d’une vie apparemment ratée. Dans ce roman mélancolique en demi-teintes, Booker Prize 1989, il révèle les failles d’un homme qui a refusé de reconnaître l’amour en Miss Kenton, ancienne gouvernante à qui il va rendre visite dans un ultime espoir inavoué. Malgré sa résistance aux changements, les choses ont sensiblement évolué. Darlington Hall appartient maintenant à un millionnaire américain, les positions de Lord Darlington durant l’entre-deux-guerres sont désormais vues d’un œil réprobateur et Miss Kenton a acquis une certaine lassitude. Maître du clair-obscur, Ishiguro ne tire pourtant pas de conclusion catégorique et laisse, en suspens, un infime espoir de bonheur à son personnage, enfin capable de pleurer et d’apprécier cette qualité de lumière qu’offre le jour déclinant, pas tout à fait disparu encore, qui traîne ses vestiges dans le ciel marin de la baie de Weymouth.

Que ce roman est british! Moi qui adore la culture britannique je suis conquise. On retrouve toutes les conventions, l’humilité, mais aussi l’humour anglais que j’aime temps. Le personnage est touchant, bouleversant, on rit avec ses souvenirs, on ravale nos sanglots et notre fierté, on le comprend, on l’imagine, on se croit heureux et on fini malheureux. Une magnifique roman!

 » – Et pourtant, continua Mr Spencer, nous persistons encore dans l’idée que le sort de la nation devrait être laissé entre les mains de ce brave homme et de ses quelques millions de semblables. Est-il surprenant, affublés que nous sommes de notre système parlementaire actuel, que nous ne parvenions à trouver aucune solution à nos nombreuses difficultés ? Vous pourriez aussi bien demander à une section de l’association des mères d’organiser une campagne militaire. »

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