Les grandes espérances de Charles Dickens

J’ai lu ce livre car il était dans la liste des 100 livres à avoir lu. Je ne connaissais que les contes de noël de Dickens.

Elevé, à la mort de ses parents, par le redoutable dragon domestique que le Ciel lui a donné pour sœur, Pip (Philip Pirrip) semble promis à l’existence obscure d’un jeune villageois sans fortune.

C’est compter sans la bienveillance des divinités tutélaires qui veillent sur son enfance.

Car Pip a le privilège de vivre au milieu de créatures singulières dont l’existence seule accrédite la croyance au miracle : il y a tout d’abord le sourire débonnaire, l’amitié protectrice et complice de son beau-frère, le forgeron Joe Gargery, puis la rencontre terrifiante mais bientôt miraculeuse d’Abel Magwitch, forçat au grand cœur, émule de Jean Valjean, qui saura lui rendre au centuple son modeste bienfait.

Mais il y a surtout la pittoresque Miss Havisham et son éblouissante protégée, Estella.

Estella au nom prédestiné, dont la froide et fascinante beauté exalte et désespère tout à la fois le jeune Pip : « J’ai regardé les étoiles et j’ai pensé que ce serait affreux pour un homme en train de mourir de soif de tourner son visage vers elles et de ne trouver ni secours ni pitié dans cette multitude scintillante. »

Car les « grandes espérances » qui portent le jeune Pip ne sont pas les aspirations prosaïques de l’Angleterre victorienne, sa recherche du confort ou de la respectabilité, mais bien les puissances du rêve qui nous font chercher le bonheur au-delà de la Sagesse.

J’étais plutôt contente de retrouver l’univers et la plume de Dickens. Son humour naïf mais dénonciateur est toujours aussi perçant. L’histoire est touchante sans tomber dans le pathos et à nouveau révèle véritablement une société anglaise d’époque, c’est bien là que réside l’intérêt principal de l’ouvrage.

La narration à la première personne nous immerge à la vision de cet orphelin plein de ressources et de résiliance. Les prisons, l’ambiance est le décors sans concession, rappellent Hugo, quant aux personnages haut en couleur et non manichéen rappellent ceux de l’île au trésor de Stevenson. Les adultes utilisent les enfants qui pourtant nourrissent de grandes espérances et sont convaincus d’avoir une place dans la société même si celle-ci tend à les écraser dès le plus jeune âge. L’argent, les disilusions et les espoirs rythment ce roman.

 » Pourquoi gardais-je avec soin ce misérable et dernier lambeau de la robe de l’espérance, déchirée et emportée par le vent? Comment savoir! Pourquoi, vous qui lisez ceci, avez-vous commis pareille inconséquence, l’an dernier, le mois dernier, la semaine dernière? « 

« Dieu sait que nous n’avons pas à rougir de nos larmes, car elles sont comme une pluie sur la poussière aveuglante de la terre qui recouvre nos coeurs endurcis. »

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