Les fiancés de Manzoni

Sur un coup de tête nous sommes partis visiter les lacs italiens avec mon mari. Ce classique italien m’est alors revenu à l’esprit.

 

Ce chef d’œuvre absolu de la littérature romanesque italienne (1825-1842) raconte, sur le fond de l’histoire de la Lombardie au XVIIe siècle, les tribulations de deux fiancés, Renzo et Lucia, qui, ne pourront s’unir qu’après bien des malheurs. Le sujet véritable est cependant ailleurs : celui de toute guerre civile, et donc tristement actuel ; oligarchie tyrannique, famines, émeutes, horreurs et ruines dûes à la guerre. D’un côté les pauvres, de l’autre les oppresseurs : l’intrigue tourne au mythe. Manzoni s’insère dans le grand courant du roman moderne, de Stendhal à Dostoïevski et à Kafka, qui intente un procès à la société : non seulement aux juges, investis d’une autorité sacrée et nécessaire, mais aux citoyens, dont on peut faire ce qu’on veut. La mémoire des crimes de l’histoire ne doit pas s’éteindre dans le cœur de l’homme et la période décrite ici avec des couleurs si sombres n’est pas vraiment morte.

A partir d’une histoire d’amour et de mariage contrariés, l’auteur dépeint toute une époque italienne. Le roman a une forte portée historique mais religieuse aussi avec beaucoup de morales et des personnages très manichéens avec une fin finalement très chrétienne ce qui m’a un peu dérangé mais qui s’explique évidemment par l’origine, l’auteur et le but de ce roman. Manzoni fervent défenseur de la langue italienne a eu à cœur d’écrire ce roman dans un langage vulgarisé allant même au dialecte dans sa langue d’origine. Cette particularité en fait le premier roman moderne italien et également le plus célèbre, caractérisé par une narration originale, qui interpelle et intègre le lecteur. Pour être une lectrice de littérature italienne mais qui n’en avait quasi jamais lu ses classiques, c’est un bon roman sur la société italienne du XVII eme

 

« Ce bras du lac de Como qui se dirige vers le midi entre deux chaînes non interrompues de montagnes, en formant autant de petits golfes et de petites baies que ces montagnes forment elles-mêmes de sinuosités, se resserre comme tout à coup et prend le cours et l’apparence d’un fleuve, entre un promontoire à droite et une large côte à l’autre bord. Le pont qui dans ce lieu réunit les deux rives semble rendre plus sensible à l’œil cette transformation et marquer le point où le lac cesse et l’Adda recommence, pour reprendre ensuite le nom de lac là où les rives, s’éloignant de nouveau, laissent l’eau s’étendre et son cours se ralentir dans de nouveaux golfes et de nouvelles baies. La côte, formée du dépôt de trois forts torrents, vient en pente, s’appuyant dans sa partie supérieure au pied de deux monts contigus, dont l’un porte le nom de San-Martino et l’autre s’appelle, en dialecte lombard, Il Resegone, à cause de ses nombreuses dentelures qui le font en effet ressembler à une scie, de sorte qu’il n’est personne qui, le voyant de face, comme par exemple des murs de Milan tournés vers le nord, ne le distingue aussitôt, à ce seul indice, dans la longue et vaste chaîne de montagnes d’un nom moins connu et d’une forme plus ordinaire, parmi lesquelles il se montre. »

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