J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une opération critique privilégiée de Babelio. Je commence donc tout d’abord par les remercier et par remercier également les éditions Albin Michel pour ce partage.

Le résumé m’a tout de suite invité à accepter ce livre, j’avais l’impression de me lire dans les quelques lignes qui décrivaient Ryôsuke. Je vous laisse le découvrir ici:

Le jeune Ryôsuke manque de confiance en lui, un mal-être qui puise son origine dans la mort prématurée de son père. Après une tentative de suicide, il part sur ses traces et s’installe sur l’île où celui-ci a passé ses dernières années. Une île réputée pour ses chèvres sauvages où il va tenter de réaliser le rêve paternel  : confectionner du fromage. Mais son projet se heurte aux tabous locaux et suscite la colère des habitants de l’île…

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour réaliser nos désirs  ? À travers les épreuves de Ryôsuke, Durian Sukegawa évoque la difficulté à trouver sa voie, soulignant le prix de la vie, humaine comme animale.

Comme beaucoup d’ouvrages asiatiques, j’ai trouvé l’écriture très poétique et pudique. Le style m’a donc tout de suite plu. L’histoire quant à elle partait fort, avec un trio de jeunes adultes atypiques qui partent mal dans la vie. On sent que la venue sur l’île est une fuite et une recherche de soi et on a hâte de les accompagner dans cette conquête. On sent que les êtres ont tous l’expérience de la douleur et on s’attend à ce que l’ouvrage soit une sorte de rite initiatique, ce qu’il est.

Je regrette le non aboutissement des personnages, on commence à s’y attacher, à les comprendre, on veut savoir. On commence à se les approprier et les voici repartis aussitôt. J’ai comme un sentiment d’inachevé frustrant, exacerbé par la richesse de certains passages et des thèmes. Quand Ryôsuke gravit cette montagne et sent ses tripes partir, il doit affronter son plus grand adversaire, lui-même, ce passage m’a totalement retournée aussi. L’auteur soulève des questions importantes et compliquées, philosophiques et qui font réfléchir, Faut-il poursuivre ses rêves à tout prix? Comment se construise des sociétés? Quelle est la valeur de la vie animal? Les animaux sont-ils des êtres sensibles et sentiants? Peut-on se reconstruirz? et comment?…

“ – J’ai échoué?

  • Oui. Autant reconnaître ta défaite de bonne grâce.”

Il choqua son verre contre celui de Ryôsuke, qui y avait à peine trempé ses lèvres.

  • “Tu as échoué après t’être bravement battu. C’est un tournant. Trinquons!” (…)
  • “Echouer, c’est important”, reprit Hashi comme pour briser le silence.

Ryôsuke restait coi.

  • “Ne pas reconnaître sa défaite, c’est s’exposer à vivre en gardant des racines pourries. (…)
  • Tu sais, Ryôsuke, je crois que… Quand on est à un tournant de sa vie, qu’il s’agisse d’une défaite ou d’une victoire ne change pas grand-chose. Au contraire, la victoire est peut-être pire parce qu’elle ne nous ouvre pas les yeux. C’est une bonne chose que tu aies échoué.”

Il commençait à avoir la bouche pâteuse.