Les préludes de la lecture : J’avais lu pour la première fois ce livre en terminale et depuis je le relis très régulièrement en cas de crises sentimentales, quand j’ai besoin de philosopher un peu, réfléchir et démêler plein de choses qui se passent dans ma tête et en général, j’écris après ça.

Résumé : le banquet est un ouvrage écrit classiquement sous forme de dialogue. Socrate est invité à un banquet avec d’autres personnalités, où aidé par le jus de dyonisos ils échangent par tour de parole sur la question “qu’est-ce que l’amour?”.

Le mot de la fin : Je l’ai lu tellement de fois que je ne peux pas être concise, à chaque fois, je cherche et interprète en fonction de ma problématique du moment qui m’a ramenée à ce livre. Voici un humble retour sur ce qui est ressorti cette fois-ci.

Aristophane présente pour la première fois son mythe. La légende que les hommes ont été séparés par les Dieux par pécher d’orgueil. Ils sont ainsi condamnés à se chercher toute leur vie.

Les humains sont voués à chercher leur moitié toute leur vie. On peut ici appliquer notre cher Freud. Le bébé étant issus de sa mère, subit une première fois cette séparation de corps alors même qu’il arrive au monde avec le fardeau de devoir trouver sa moitié.

Après la période de la naissance et le complexe d’œdipe passé, arrive l’adolescence et alors les êtres humains prépubères n’ont qu’une obsession, l’accouplement, la découverte de la sexualité et du partenaire aimé.

Notons la pluralité sexuée du discours d’Aristophane qui intègre les relations hétéros et homosexuelles. L’amour, sa recherche et sa passion n’est pas réservée à une typologie de sexualité. Tous les types d’êtres existants aiment, sont voués à aimer et qui ils veulent (à méditer en ces temps sombres pour la tolérance).

L’adolescent donc, chercherait littéralement sa moitié. L’amour à cette époque est une obsession. Un moyen d’accéder à une vie future, la clé, la porte d’accès vers l’avenir. Sans trouver sa moitié il n’y avait pas moyen d’avance. Le but premier et ultime était la recherche de l’amour. On peut voir dans ce phénomène, différents aspects sociologiques et culturels, ainsi que familiaux sans aucun doute. Toutefois malgré des espoirs infondés, avec la conscience que c’était perdu d’avance, certain pour ne pas dire beaucoup, optent pour une passion sans romantisme, avec beaucoup de rationalité et indubitablement beaucoup d’amour également.

Aristophane avait donc raison et en même temps profondément tort. En inscrivant cette théorie de la recherche de notre moitié on part comme incomplet. Cette incomplétude est ancrée dans notre société et dans nos mœurs ce qui induit le processus de l’adolescence et approuve la théorie de notre cher philosophe grec.

En revanche, une fois l’être aimé trouvé, il y a cette période de perdition de l’identité. Deux moitiés indépendantes tout en étant interdépendantes perdent leur incomplète individualité, mais leur individualité quand même, en se retrouvant. Après une période de quelques années. Les cicatrices brûlantes de la passion ayant entraînées la fusion, se refroidissent. Comme tout corps greffé, un système de protection et de rejet apparaît. On recherche alors notre individualité. Mais comment faire pour la trouver quand celle-ci n’a jamais eu véritablement le temps de s’exprimer? étant tout d’abord étouffée par l’identification parentale, puis noyé dans la recherche de l’être aimé pour finir totalement effacé par cette nouvelle identité, le Nous, de ce couple tant recherché ?

Peut-être est-ce en deux moitiés ayant déjà trouvé leur complétude qui peut ressortir cette identité, une fois le poids de cette recherche initiale retombée? Mais alors faut-il se séparer de notre moitié originelle pour ne finir qu’une moitié pour toujours incomplète avec une plaie sinon saignante, visible et cautérisée? ou se vouer à cette existence diluée mais sans blessure ( tout du moins visible)? Ou alors simplement prendre ce que l’autre fait ressortir sans se perdre dans des sentiments voués à l’échec car au fond elle ne vous l’apporte pas cette identité, elle vous aide simplement à la faire ressortir par un regard extérieur?

Extrait :  « Devant son amant il aura honte, comme devant personne, toutes les fois qu’il aura été vu par celle-ci en train de commettre quelque vilaine action. Si donc il existait quelque moyen de constituer un Etat ou une armée avec des amants et leurs aimés, il serait impossible à des hommes de se mieux organiser eux-mêmes en un tel État que si, les uns vis à-vis des autres, ils s’abstiennent de toute vilaine action et y mettaient leur point d’honneur;  impossible, (a) combattant en compagnie les uns des autres,  de ne pas , si peu nombreux fussent-ils, mais animés de tels sentiments, être vainqueurs de l’humanité entière! C’est que, pour un amant, être vu par son bien-aimé, en train soit de quitter le rang, soit de jeter ses armes, serait à coup sûr plus difficile à accepter que si tous les autres en étaient témoins et, plutôt que cela, il préférait cent fois mourir! Quant à abandonner sur le champ de bataille son bien-aimé, à ne pas lui porter secours quand il est en péril, il n’y a pas d’homme assez lâche pour ne pas être, sous l’influence d’Amour lui-même, divinement possédé d’une poussée de vaillance, au point d’être ainsi pareil à celui qui est naturellement le plus brave.”