La tache ; Philip Roth

Les préludes de la lecture : J’avais dévoré Pastorale américaine et quelqu’un de proche m’a gentiment prêté La tâche, merci 🙂

Résumé : Coleman Silk, doyen de la faculté et professeur de lettres classiques, est contraint de démissionner suite à un mot prononcé et mal interprété. Il est accusé de racisme. Il contacte alors Nathan Zuckerman pour écrire un ouvrage concernant cette sombre affaire. Les deux hommes se lient d’amitié. La société continue à s’acharner contre notre héros, cette fois, pour sa relation charnelle avec une jeune femme de ménage, illettrée et harcelée par son ex-mari souffrant d’un choc post-traumatique lié à la guerre du Vietnam.

Le mot de la fin : Une fois encore, Philip Roth nous livre un ouvrage dénonciateur de la société. L’affaire Lewinski, le racisme, la guerre du Vietnam, rien n’est épargné. L’identité et les difficultés inhérentes à l’appartenance à des communautés ethniques ou religieuses sont au cœur de ce roman. J’ai été très abasourdie par l’entêtement de Coleman à ne pas révéler ce noir secret qui aurait pu lui sauver la vie.

Extrait : « Rien ne dure et pourtant rien ne passe. Et rien ne passe justement parce que rien ne dure.»

«Il remuait les mêmes pensées vaines, vaines pour un homme comme lui sans génie, sinon pour Sophocle : à savoir que le destin tient à peu de choses… à moins qu’il ne paraisse secondaire quand on ne peut y échapper.»

« Ce n’était pas le moment de se rappeler son enfance, pas le moment d’admirer sa lucidité, son ironie, ou son courage. Ce n’était pas le moment de se laisser subjuguer par le phénomène quasi pathologique de l’amour maternel. Ce n’était pas le moment d’entendre tous les mots qu’elle ne disait pas mais qui résonnaient de manière plus convaincante que ceux qu’elle disait. Ce n’était pas le moment d’entretenir d’autres pensées que celles dont il s’était armé n venant. Ce n’était certes pas le moment d’aller chercher des explications, de commencer à exposer avec brio les avantages et les inconvénients, et de prétendre que cette décision était logique, ni plus ni moins. Aucune explication ne pourrait jamais, au grand jamais, s’appliquer à l’ignominie de ce qu’il était en train de lii faire. C’était le moment de se concentrer avec précision sur l’objectif qu’il recherchait là. Si, pour sa mère, le renier était exclu, elle n’avait plus qu’à accuser le coup. Quant à lui, il lui fallait s’exprimer calmement, en peu de morts, oublier la chevelure d’Iris, et, aussi longtemps que nécessaire, laisser sa mère employer les mots de son choix pour absorber en son être la brutalité de l’acte le plus brutal qu’il ait jamais commis.

Il l’assassinait. On n’a pas besoin de tuer son père. Le monde s’en charge. Il y a des tas de forces qui guettent le père. Le monde va lui faire son affaire, et il l’avait faite, en effet à Mr Silk. Celle qu’il faut assassiner, c’est la mère. Et il était en train de s’y employer, lui, l’enfant qu’elle avait aimé comme elle l’avait aimé. Il l’assassinait au nom de son exaltante idée de la liberté !»

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