La petite chartreuse, Pierre Péju

Les préludes de la lecture : Rencontre, très agréable, avec l’auteur lors des journées des écrivains du Sud à Aix-en-Provence où j’étais libraire pour l’occasion.

Résumé : Vollard, libraire solitaire renverse une petite fille apeurée par jour de pluie. Ce coup du destin va le mener sur les chemins tortueux des relations humaines et de la pseudo-parentalité. Eva est dans le coma, sa génitrice car on ne peut pas parler de mère, a besoin de partir. Etienne Vollard use de son exceptionnelle mémoire pour combler les silences qui entourent la petite. C’est avec l’appui des plus grands auteurs que notre libraire tente de ramener l’innocence à la vie. Vie qu’elle retrouve mais sans paroles. Eva devient muette, sa mère devient fantôme et Vollard devient papa. Ce drame incendiaire qui consume leur vie conduira nos protagonistes vers un funeste destin.

Le mot de la fin : La force de l’auteur réside dans son style d’écriture relevant de la poésie et du conte. Le caractère sans concessions des personnages et la triste réalité de leur vie, bouleversent. La fin de l’ouvrage m’a particulièrement troublée, des sentiments profonds sont vécus à la lecture de ces pages aussi dures soient-elles. Mais ce que j’en retiens par-dessus tout c’est la force des liens tissés à la plume littéraire, qui peut unir des êtres aussi solitaires !

Extrait : « Nu, complètement nu, blanchâtre et roux, couvert de bleus et d’écorchures, il se versa un verre de whisky, un deuxième, puis un troisième qu’il emporta sous sa douche. Bientôt, sous les jets brulants, dans la vapeur, il s’accroupit, se tassa sur lui-même, se recroquevilla, grosse boule de viande triste sur laquelle l’eau ruisselait, à l’intérieur de laquelle l’alcool coulait. Combien de temps demeura-t-il sous l’eau, dans l’alcool. Trempé, dégoulinant, il se jeta enfin sur son lit et sombra dans un sommeil exceptionnellement profond, un vrai sommeil de brute, un sommeil d’enfant. Il sombra dans un sommeil sans cauchemars, sans visions et surtout sans phrases, ces phrases qui, habituellement, se prononçaient toutes seules et sans fin, au milieu de ses nuits. »

Pour trouver ce livre, allez chez votre libraire indépendant. Pour savoir s’il le possède c’est par ici http://www.placedeslibraires.fr/