La jeunesse est un pays étranger d’Alain Claude Sulzer

Je voulais découvrir un peu la littérature Suisse et en lisant la quatrième de couverture j’ai tout de suite voulu le lire. Merci aux éditions Actes Sud/Jacqueline Chambon.

Dans ce livre émouvant, tour à tour amusant et mélancolique, Alain Claude Sulzer décrit une jeunesse – la sienne ? – dans la banlieue de Bâle. Un monde de jardinets soignés où personne ne divorce et où une femme au volant fait sensation. Une mosaïque de souvenirs des années 1960 et 1970, et dont la paisible tranquillité pourrait s’avérer mortifère si ce n’était le regard plein de malice de l’auteur qui y insuffle de la vie par sa distance taquine.
C’est dans ce monde aux volets clos que le narrateur a grandi, un des trois fi ls d’une mère francophone maîtrisant mal l’allemand et d’un père qui a mis toute sa fierté dans sa maison à la modernité avant-gardiste. Le toit terrasse ne sera pourtant jamais vraiment étanche et le reste de la famille n’appréciera que moyennement le noir de jais des tapisseries et moquettes. C’est là aussi qu’il découvrira son homosexualité.
Dans de brefs flashs de mémoire, Sulzer se souvient peut-être lui-même de cours de danse classique où il était le seul garçon, de Mlle Zihlmann qui se faisait conduire à son travail par son père, ou encore de son entrée dans le monde du théâtre.

 

A la lecture de ce livre j’avais l’impression de voir l’auteur ouvrir une vieille boîte à souvenirs comme celles qui moisissent dans les greniers de la maison familiale de nos grands-parents et nous raconter ce qui lui vient à l’esprit. Je l’imagine ainsi sortir une vieille photo sépia d’une pièce à la moquette noire, un vieux cahier d’école avec les noms de ses professeurs, une montre factice ou encore un modèle miniature d’une vieille Fiat 500.
Bien que cette boîte n’existe pas, les souvenirs divers et vivants, les enseignes, les pratiques (comme le Maggi et le sel jaune) de l’auteur m’entraînent dans ma Suisse Romande natale malgré les générations d’écarts. L’ouvrage est également une critique factuelle de la société Suisse, de scènes homophobes ou encore racistes assez caractéristiques, pour ce que je l’ai expérimenté pendant 28 ans.
J’aime la forme « souvenirs », les notes rajoutées après écriture qui rendent la lecture vivante, souvent cocasse et toujours enrichissante.
Le style est bref, factuel et en même temps sensible et drôle ce qui le rend terriblement efficace pour la transmission au lecteur. Le dernier « chapitre » clôt l’ouvrage à la perfection.
Je suis conquise et reconnaissante d’avoir pu le lire. Je vous conseille à tous d’en faire autant!

 

 » Si j’avais grandi ici, avec cette femme pour mère, je n’aurais pas éprouvé d’attrait de l’ailleurs, me disais-je. la sympathie de cette femme était un baume sur mon âme meurtrie, j’avais besoin d’un public, il était à mes pieds. Il suffisait de souffrir. »

 

 

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