Anna Karenine reste, plusieurs années après, un de mes livres préférés. Je voulais poursuivre avec La guerre et la paix sans m’y résoudre à cause de sa taille et de ma PAL trop élevée.  Mais quand la BBC a sorti son adaptation du roman, j’ai voulu le voir donc j’ai dû lire le livre avant.

La guerre et la paix nous emmène en Russie entre 1805 et 1820 pendant les guerres Russo-napoléonienne.

Le livre est découpé en quatre livres eux-mêmes découpés en parties puis en chapitres. Ce découpage permet une lecture plus facile comptes tenus du nombre de personnages et de la longueur de l’ouvrage.

Tolstoï nous plonge au cœur de la Russie mondaine, au sein de plusieurs familles bourgeoises ayant chacune leurs problématiques et leurs aspirations. On découvre ainsi les séductions pour accéder à la hiérarchie militaire, les alliances de fortunes ou encore les recherches religieuses et sectaires.

Plusieurs personnages sont suivis tout au long de ce roman. Tout d’abord, Pierre, fils illégitime qui deviendra riche héritier qui se fera alors piéger dans un mariage sans amour avec la belle Hélène, entraîner chez les francs-maçons et participera à la guerre. Natacha la belle et innocente Rostov éperdument amoureuse du plus âgé Prince Andrei que les réticences d’un vieux riche la mènera à se perdre avec le bel Anatole. Le majestueux Prince Andrei, représentant ce que la Russie a de plus fier dans l’armée, la position sociale et dans la mentalité orgueilleuse. Mais aussi Nicolas, Boris, Marie, Sonia etc….

Ce qu’il y a d’intéressant c’est que l’on suit plusieurs générations en même temps, les parents issus de la vieille Russie et les enfants aspirants à un renouveau et entraînés malgré eux dans une Russie et transition.

L’écriture, comme les autres romans de l’auteur, permet au lecteur de participer à la vie sociale et politique de l’époque, décrivant avec précision et une presque neutralité les différents événements de l’époque.

La guerre et la paix, c’est aussi un roman de mœurs qui touche, par les relations mais surtout par le génie de Tolstoï à décrire les tourments, et les évolutions de l’âme de ses personnages.  Le Prince André m’a particulièrement touché, par sa carapace originelle, sa droiture qui l’emprisonnement, son espoir et sa tentative d’en sortir et en même temps l’immense beauté de sa chute avec une illumination salvatrice.

Encore un coup de cœur qui vaut la peine qu’on prenne le temps de lire.

« Printemps, amour, bonheur ! semblerait dire ce chêne. N’êtes-vous point las de cette éternelle duperie ? Ne voyez-vous point que tout cela n’est que sottise et duperie ? Il n’y a ni printemps, no soleil, ni bonheur. Regardez ces sapins, morts, étouffés, toujours semblables ; et moi aussi, j’ai bien essayé d’étendre mes bras tors et déchiquetés, ils sont sortis de mon dos; de mes flancs, de partout où ils pouvaient, et je reste là, maintenant, et je crois ni à vos espérances, ni à vos mensonges. »

Plusieurs fois, tandis qu’il traversait la forêt, le prince André se retourna pour regarder ce chêne, comme s’il en attendait quelque chose. Sous son ombre, il y avait des fleurs et de l’herbe, mais lui, le vieux monstre, dressait obstinément sa masse sombre et revêche.

« Oui, il a raison, ce chêne, songeait André. Que d’autres, les jeunes, se laissent prendre à cette duperie, mais nous, nous savons à quoi nous en tenir : notre vie est finie, bien finie! »

La vue de cet arbre provoqua en lui une éclosion de pensées nouvelles, désespérées mais pleines d’un charme mélancolique. Au cours de ce voyage, il soumit sa façon de vivre à un nouvel examen approfondi et aboutit, une fois de plus, à cette conclusion désenchantée mais apaisante, qu’il ne devait rien entreprendre, mais achever tout bonnement sa vie sans faire le mal, sans se tracasser, sans rien désirer. »