Clair de Terre; André Breton

Les préludes de la lecture : ouvrage emprunté dans la bibliothèque de mon beau-père.

Résumé : recueil de poésie, textes en vers, en prose, rêves écrits…. Les textes ont été écrits entre 1919 et 1936, pendant que l’auteur était en pleins doutes quant à son écriture.

Le mot de la fin : Des textes complètement perturbants que ce soit par la forme ou par le contenu. André Breton est totalement déroutant. Je n’en attendais pas moins pour cet ancien dadaïste, chef de file du surréalisme. Un plaisir qui se lit lentement par contre, car la lecture n’est pas aisée.

Extrait : «Plutôt la vie

Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs sont plus pures

Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles voitures de flammes froides

Que ces pierres blettes

Plutôt ce coeur à cran d'arrêt

Que cette mare aux murmures

Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l'air et dans la terre

Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la vanité totale

Plutôt la vie

Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires

Ses cicatrices d'évasions

Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe

La vie de la présence rien que de la présence

Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là

Je n'y suis guère hélas

Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir

Plutôt la vie

Plutôt la vie plutôt la vie Enfance vénérable

Le ruban qui part d'un fakir

Ressemble à la glissière du monde

Le soleil a beau n'être qu'une épave

Pour peu que le corps de la femme lui ressemble

Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long

Ou seulement en fermant les yeux sur l'orage adorable qui a nom ta main

Plutôt la vie

Plutôt la vie avec ses salons d'attente

Lorsqu'on sait qu'on ne sera jamais introduit

Plutôt la vie que ces établissements thermaux

Où le service est fait par des colliers

Plutôt la vie défavorable et longue

Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux

Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui

Plutôt la vie

Plutôt la vie comme fond de dédain

A cette tête suffisamment belle

Comme l'antidote de cette perfection qu'elle appelle et qu'elle craint

La vie le fard de Dieu

La vie comme un passeport vierge

Une petite ville comme Pont-à-Mousson

Et comme tout s'est déjà dit

Plutôt la vie»

Et comme je ne peux pas en choisir qu’un :

« Le verbe être

Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas d'ailes, il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse, le soir, au bord de la mer. C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faits comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre. Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire. C'est un bateau criblé de neige, si vous voulez, comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Une forme très petite, délimitée par un bijou de cheveux. C'est le désespoir. Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil, voilà le désespoir. Le reste, nous n'en parlons pas. Nous n'avons pas fini de désespérer, si nous commençons. Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures, je désespère de l'éventail vers minuit, je désespère de la cigarette des condamnés. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de cœur, la main reste toujours au désespoir hors d'haleine, au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. Je vis de ce désespoir qui m'enchante. J'aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l'heure où les étoiles chantonnent. Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles, le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère. Je me lève chaque jour comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs, je ne me souviens de rien, et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux arbres déracinés de la nuit. L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour. Il fait un temps de temps. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. A-t-on idée d'un désespoir pareil! Au feu! Ah! ils vont encore venir… Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal. Tas de sable, espèce de tas de sable! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt, c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins, c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie. »

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