Les préludes de la lecture : J’ai toujours été attirée par les romans de mœurs, comme Anna Karénine qui reste aujourd’hui mon préféré. Belle du seigneur ressortait à de nombreuses reprises lors de mes recherches dans des bibliographies. De plus, il était le livre préféré d’un de mes professeurs à l’université.

Résumé : L’action se déroule en Suisse, Solal travaille à la Société des Nations où il a un poste à hautes responsabilités. Il tombe sous le charme d’Ariane et décide alors d’aller la surprendre, un soir, grimé afin de ne pas la séduire par son apparence. Rejeté par la belle, il décide alors de se venger en la conquérant tout en ridiculisant son mari, Adrien. Il entreprend un jeu de séduction malsain où il va la rabaisser à sa condition de femme et la séduire par son physique. Elle tombe évidemment sous le charme… Il s’ensuit alors un adultère et une fuite des amants. La lassitude et la superficialité de la relation les détruisent ainsi que leurs proches.

Le mot de la fin : Le roman m’a tout d’abord beaucoup plu. J’ai beaucoup aimé l’humour, l’ironie, le sarcasme de l’auteur et le burlesque de certaines situations, mais le discours très misogyne et destructeur pour la femme m’a beaucoup dérangée. Les longueurs également pénalisent la lecture de ce roman-fleuve car elles ne sont pas toujours constructives. Il y a très souvent des répétitions liées au style de l’auteur, mais je me suis surprise de nombreuses fois à penser relire sans cesse le même paragraphe de fatigue alors que non. Bien que je n’apprécie pas les personnages ce qui me plaît en revanche c’est le traitement de la relation entre les deux protagonistes. La destruction est réelle, la douleur aussi le leurre des passions et des sentiments enflammés et ici bien démontré et la fin est parfaite.Une belle leçon, qui marque.

Extrait : Premier manège, avertir la bonne femme qu’on va la séduire. Déjà fait. C’est un bon moyen pour l’empêcher de partir. Elle reste par défi, pour assister à la déconfiture du présomptueux. Deuxième manège, démolir le mari. Déjà fait. Troisième manège, la farce de poésie. Faire le grand seigneur insolent, le romantique hors du social, avec somptueuse robe de chambre, chapelet de santal, monocle noir, appartement au Ritz et crises hépatiques soigneusement dissimulées. Tout cela pour que l’idiote déduise que je suis de l’espèce miraculeuse des amants, le contraire d’un mari à laxatifs, une promesse de vie sublime. Le pauvre mari, lui, ne peut pas être poétique. Impossible de faire du théâtre vingt-quatre heures par jour. Vu tout le temps par elle, il est forcé d’être vrai, donc piteux. Tous les hommes sont piteux, y compris les séducteurs lorsqu’ils sont seuls et non en scène devant une idiote émerveillée. Tous piteux, et moi le premier!

Rentrée chez elle, elle comparera son mari au fournisseur de pouahsie, et elle le méprisera. Tout lui sera motif de dédain, et jusqu’au linge sale de son mari. Comme si un Don Juan ne donnait pas ses chemises à laver! Mais l’idiote, ne le voyant qu’en situation de théâtre, toujours à son avantage et fraîchement lavé et pomponné, se le figure héros ne salissant jamais ses chemises et n’allant jamais chez le dentiste. Or, il va chez le dentiste, tout comme un mari. Mais il ne l’avoue pas. Don Juan, un comédien toujours en scène, toujours camouflé, dissimulant ses misères physiques et faisant en cachette tout ce qu’un mari fait ingénument. Mais comme il le fait en cachette et qu’elle a peu d’imagination, il lui est un demi-dieu.”

 » Il n’insista pas. Il savait qu’il fallait être prudent lorsqu’elle prononçait la phrase redoutable, mensuel signal de danger, présage de susceptibilités, d’humeurs, et de plus à tout propos. Elle n’était pas à prendre avec des pincettes, surtout le jour d’avant. Se tenir coi, dire amen à tout, se faire bien voir. « 

« Expliquez bien aussi pourquoi cette rage de séduire chez Don Juan. Car en réalité, il est chaste et il apprécie peu les ébats de lit, les trouve monotones et rudimentaires, est somme toute comiques. Mais ils sont indispensables pour qu’elles l’aiment. Ainsi sont-elles. Elles y tiennent. Or, il a besoin d’être aimé. Primo, divertissement pour oublier la mort et que nulle vie après, que nul dieu, nul espoir, nul sens, rien que le silence d’un univers sans raison. Bref, par l’amour d’une femme, vous s’embrouiller et recouvrir l’angoisse de. Secundo, recherche d’un réconfort. Par l’adoration qu’elles lui vouent, elles le consolent d’être dépourvu de semblables. Telle est la grandeur dont la suivante et dame d’honneur a nom Solitude. Tertio, elles le consolent aussi de n’être pas roi, car il est fait pour être roi, de naissance et sans y prendre peine. Roi il ne peut, chef politique il ne daigne. Car pour être choisi par la masse, il faut être semblable à elle, un ordinaire. Il régnera donc sur les femmes, sa nation, et il les choisira nobles et pures. Car quel plaisir d’asservir une impure ? D’ailleurs, les nobles et pures sont meilleures servantes de lit. Antipathique, est-elle en train de penser, et c’est bon signe.

« Mais le plus important mobile de cette rage, c’est l’espoir d’un échec et qu’une enfin lui résistera. Hélas, jamais d’échec. Assoiffé de Dieu, chacune de ses mélancoliques victoires lui confirme, hélas, le peu d’existence de Dieu. Toutes ces nobles et pures qui, l’une après l’autre, tombent si vite en position horizontale, hier visages de madone est aujourd’hui furieusement langueuses et languières, lui sont la preuve sans cesse renouvelée qu’il n’est pas d’absolue vertu et que, par conséquent et une fois de plus, ce dieu qu’il espère ne veut pas être, et qui puis-je ? Maintenant, cher Adrien, je te quitte car il me faut séduire celle-ci qui m’écoute et me hait. Mais mienne elle sera, je te le promets, et bien attrapée elle sera (…)”

Et pourtant il n’y a rien de plus grand que le saint mariage, alliance de deux humains unis non pas par la passion qui est rut et manège de bêtes et toujours éphémère, mais par la tendresse, reflet de Dieu. Oui alliance de deux malheureux promis à la maladie et à la mort, qui veulent la douceur de vieillir ensemble et deviennent le seul parent l’un de l’autre. (…) En vérité, en vérité, je vous le dis, l’épouse qui presse le furoncle du mari pour en faire tendrement sortir le pus, c’est autrement plus grae et plus beau que les coups de reins et sauts de carpe de la Karénine.”

«Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d’être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s’admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu’ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c’était cela, amoureux, et il lui murmurait qu’il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu’ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu’ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d’elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs ils se verraient.»

“eh oui, c’était pour entendre des borborygmes qu’il avait gâché sa vie, et qu’il avait gâché la vie de cette innocente dont l’inconscient devait être passablement déçu et trouver que la grande passion, n’était pas, somme toute, chose si remarquable. Depuis des mois, seul le conscient de cette femme l’adorait, il le savait bien. Les semaines de Genève, mortes semaines de vraie passion, avaient suscité un mythe auquel la pauvre loyale conformait maintenant sa vie, jouant en toute bonne foi le rôle de l’amante adorante. pauvre chérie qui était malheureuse et qui ne voulait pas le savoir, ne voulait pas voir leur naufrage. Alors, son malheur sortait comme il pouvait, par des maux de tête, des oublis, des fatigues mystérieuses, un amour accru de la nature, une horreur suspecte du snobisme. En tout cas, ne jamais lui dire la vérité, elle en mourrait.”

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